Devis Delmotte (1898)

Source : Mémoire (1986) de Roland Servais

Le 22 novembre 1898, la Commission de Surveillance du Conservatoire National de Musique, succursale de Lille, écrit aux frères Delmotte pour leur demander un devis d'orgue à trois claviers et pédale indépendante à placer dans la salle des concerts. Le prix de l'instrument est fixé à 12.000 Fr et il est demandé une tirasse et un appel d'anches à chaque clavier, et que ces derniers puissent tous être accouplés entre eux. Les facteurs tournaisiens répondent en envoyant, deux jours plus tard, le projet suivant :

Projet Delmotte 1898
 Grand Orgue  Positif expressif  Récit expressif  Pédale séparée
 Bourdon 16  Salicional 8  Flûte traversière 8  Soubasse 16 (a)
 Montre 8  Unda Maris ou Voix céleste 8  Diapason 8  Flûte ouverte 8
 Flûte harmonique 8  Bourdon 8  Octavin harmonique 2  
 Gambe 8  Flûte octaviante 4  Basson-Hautbois 8  
 Prestant 4  Clarinette 8    
 Trompette 8      

(a) ou contrebasse ouverte selon la place disponible
 
Pédales de combinaisons : trois tirasses, P/GO, R/GO, R/P, Appels anches GO, P, R ; expression P, R ; tremolo P, R
 
L'instrument, de traction entièrement mécanique, était proposé au prix de 15.000 Fr. Il ne fut pas donné suite à cette proposition.

Orgue Théodore Puget (1900)

Un devis de Théodore Puget relatif à l'orgue du Sacré Coeur de Lille, daté d'octobre 1899, mentionne la pose prochaine d'un orgue de 3 claviers et 26 jeux pour le conservatoire.

Ce qui suit m'a été communiqué par M. Jean-Claude Guidarini (merci infiniment) :

L'orgue du Conservatoire de Lille a été construit par Jean-Baptiste PUGET, 3ème directeur de la manufacture Théodore Puget, père et fils de Toulouse. Il a été inauguré le 8 avril 1900 par Charles-Marie Widor, sous la présidence de M. André Michel, conservateur du Musée du Louvre (!). Le programme était le suivant :

  • Haendel : Concerto en fa (joué par M. Bruggeman)
  • Widor : Andante de la 2ème symphonie (joué par l'auteur)
  • Bach : Air de la Passion (chanté par Mlle Vion)
  • Franck : 3 pièces brèves : Andante con moto, Allegretto, Adagio
  • Daquin : Le Coucou (jouées par M. Bruggeman [Franck + Daquin])
  • Bach : Arioso de la Passion (chanté par M. Engels)
  • Widor : Sélection de la Vème symphonie : Allegro, avec variations - Cantabile - Méditation - Toccata (jouée par l'auteur)
  • Bach : Air de la Passion (chanté par Mlle Vion)
  • Bach : Toccata et fugue en ré mineur (jouée par M. Widor)

La disposition de l'orgue était la suivante :

 Composition de l'orgue Puget (1900)
 I - Grand-Orgue (56 n.)  II - Positif expressif (56)  III - Récit expressif (56)
 Pédale (30 notes)
 Bourdon 16  Flûte harmonique 8  Cor de nuit 8  Flûte ouverte 16
 Principal 8  Diapason 8  Gambe 8  Flûte basse 8
 Salicional 8  Unda Maris 8  Voix céleste 8  Basson 16
 Bourdon 8  Flûte douce 4  Flûte octaviante 4  Basson 8
 Prestant 4  Doublette 2  Cornet-Carillon 3 rangs  
 Trompette 8  Plein jeu 5 rangs  Trompette harmonique 8  
 Clairon 4  Physharmonica 8  Hautbois-Basson 8  
 (Anémomètre)  (Trémolo Positif)  Voix humaine 8  

3 boutons de combinaison pour les jeux du Grand-Orgue et de la Pédale : Dolce, Forte, Tutti
Pédales de Combinaison : Orage ; Tirasses GO, Pos, Réc ; Anches Péd, GO, Pos, Réc ; Expressions Pos, Réc ; Trémolo Réc
Appel GO, Pos/GO, Réc/GO, Réc/Pos
 
Transmission tubulaires à tous les claviers avec relais pneumatiques à vent fort. Sommier de Récit à double laie. Sommier de Positif à double chape. Sommiers de GO et de Pédales à vent séparé pour chaque jeu. 4 réservoirs fournissant à chaque sommier du vent de pressions différentes.

Le 11 décembre 1902, l'organiste Deckers y interprète le 3° choral de Franck, au cours d'un concert où l'on entend aussi une ouverture de Franz von Suppé et le concerto de Vieuxtemps, la soliste étant une élève du conservatoire âgée de douze ans. [source : Guy Gosselin, la symphonie dans la cité]

Peu avant la transformation par Jacquot-Lavergne en 1959, Jean Cau constate que :

  • Le plein-jeu a été réduit à 3 rangs
  • L'Unda Maris du positif a disparu pour faire place à une tierce, peut-être issue du carillon du récit
  • Le Physharmonica a été remplacé par "une quinte de mauvaise qualité"
  • Un rang du carillon du récit a disparu
  • 30 dessus du basson 16 et 8 de la pédale ont été remplacés par des tuyaux en zinc à anches libres, de trop grosse taille.

Cet instrument a vu sa tuyauterie partiellement réemployée dans l'orgue suivant.

Orgue Jacquot-Lavergne (1959-1987)

La reconstruction de l'orgue de l'auditorium a fait l'objet de deux devis au moins, des maisons Jean Pascal (Lille) et Jacquot-Lavergne (Rambervillers). Il était placé sur l'estrade du grand auditorium, estrade actuellement vide. Cet orgue, installé en janvier 1959, Jeanne Joulain étant professeur d'orgue, aurait comporté une trentaine de jeux sur trois claviers et pédalier.

Projet Jean Cau

Nous n'avons pas trouvé la composition proposée par Pascal ou Jacquot-Lavergne ; en revanche, voici la composition envisagée par Jean Cau [source : manuscrit J.C., cote 123J5, archives départementales]. Les jeux neufs sont désignés par (n).

 Grand orgue  Positif expressif  Récit expressif Pédale
 Bourdon 16 - emprunt pédale  Cor de nuit 8 (du R)  Principal 8 (n)  Flûte 16
 Montre 8 (= principal)  Prestant 4 (flûte 4 R retravaillée)  Viole de gambe 8  Flûte 8
 Bourdon 8  Flûte douce 4  Voix céleste 8  Flûte 4
 Flûte harm. 8 (ex-positif)  Nazard 2 2/3 (n)  Flûte ouverte 4 (n)  Bourdon 16
 Prestant 4  Doublette 2  Plein-jeu III (n)  Bourdon 10 2/3
 Flûte conique 4 (n)  Tierce 1 3/5 (n)  Trompette harm. 8  Bourdon 8
 Trompette 8  Plein-jeu IV (2 rangs neufs)  Basson-Hautbois 8  Bourdon 4
 Clairon 4    Clairon 4 (n)  Bourdon 2
       Basson 16
       Basson 8
       Basson 4

La composition ci-dessus figure dans les notes manuscrites d'une visite effectuée le 20 février 1951. Les participants étaient Jean Cau, Lavergne, Mlle Joulain et peut-être Loridan (facteur établi à Roubaix ; nom difficilement lisible). Jean Cau indique que les sommiers à membranes du GO et de la pédale sont à remplacer, alors que les sommiers mécaniques du positif et du récit seront conservés. Les transmissions tubulaires seront remplacées par une transmission électrique. La console Puget (séparée ?) sera remplacée par une console en fenêtre. Les jeux de pédale sont obtenus par extension (avec ajout de tuyaux aigus), ceux du bourdon étant entièrement empruntés au grand orgue.

Devis Jean Pascal

Ce devis ne nous est connu que par des observations communiquées en retour par Jean Cau. Il était de tendance nettement plus néo-classique, et prévoyait moins de réemploi de tuyauterie.

Devis Jacquot-Lavergne

La maison Jacquot-Lavergne (Rambervillers, reprise par Danion-Gonzalez vers 1964) a présenté un devis prévoyant la fourniture de 7 jeux neufs. L'orgue conserve trois claviers dont deux expressifs. La composition réalisée était approximativement la suivante (source: Vincent Genvrin, qui l'a joué vers 1982-84) :

Orgue Jacquot-Lavergne du grand auditorium, conservatoire de Lille, vers 1982
 I - Grand Orgue  II - Positif expressif 
 III - Récit expressif 
 Pédale
 Bourdon 16  Quintaton 16  Diapason 8  Soubasse 16
 Montre 8  Salicional 8  Gambe 8  Bourdon 8 (ext)
 Bourdon 8  Cor de nuit 8  Voix céleste 8  Bourdon 4 (ext)
 Flûte harmonique 8   Flûte douce 4  Flûte 4  Bombarde 16 (R)
 Prestant 4  Nasard 2 2/3  Plein jeu  Trompette 8 (R)
 Doublette 2  Flûte 2  Bombarde 16  Clairon 4 (R)
 Plein-jeu III  Tierce 1 3/5  Trompette 8  
   Basson-Hautbois 8  Clairon 4  
     Cromorne 8  

Le plein-jeu du grand orgue a été "remis au goût du jour" (néo-baroque) vers 1982 par Bernard Cogez.


Photo : Malaisy ; source : "Lille, portrait d'une cité", Paulette Legillon & Jacqueline Dion, éd. axial, 1975

En 1963, Jacquot-Lavergne présente du devis de 1500 F pour révision de l'ensemble des combinaisons et accord général.

En Octobre 1964 a lieu un échange de courrier entre Jean Cau et Georges Danion (la Sté Danion-Gonzalez ayant repris Jacquot-Lavergne cette même année), relatif à la remise en état de la façade qui avait été endommagée par des échafaudages de peintres, et au nettoyage de l'ensemble de la tuyauterie polluée par la peinture.

Dans une correspondance ultérieure (1° semestre 1965) on apprend :

"Dans le plan d'urbanisme le conservatoire de Lille sera déplacé. Avec la participation de l’État il est prévu la construction d'un vaste ensemble Maison de Culture Nouveau Conservatoire, etc.. comportant Auditorium de 1600 places avec grand orgue et salle de conférences, concerts, récitals dans laquelle l'orgue actuel trouverait sa place et c'est alors que la façade actuelle dudit orgue pourrait être complètement refaite. [...] et de toute façon le Conservatoire actuel sera démoli."

La suite fut fort différente, puisque le conservatoire fut agrandi dans les années 1980, et l'auditorium fut conservé avec son orgue.

Transfert

L'orgue Jacquot-Lavergne a été démonté en 1987, en vue d'être remplacé par un instrument neuf. Cela lui a permis d'échapper à l'incendie de l'auditorium en 1988. Cet orgue aurait ensuite été revendu à une paroisse d'Agen [source : interview de Jeanne Joulain, 4° bulletin de l'association Maurice & Marie-Madeleine Duruflé].

Projet Westenfelder

Un orgue aurait été commandé auprès de Westenfelder, voire partiellement exécuté par celui-ci. On ne sait pas grand'chose des vicissitudes de ce projet. La niche au fond de l'estrade de l'auditorium est donc vide.

Selon un témoignage, le buffet de l'orgue de St Vincent de Paul (Lille) aurait dû être réutilisé ici.

Organistes

Voir sur cette page : Lille, Conservatoire, la liste des professeurs.