Édifice

Cette église de style néo-classique, construite en brique rouge avec une façade en pierre, fut inaugurée en 1846.

L'église fut désacralisée en 1983. Propriété de la ville de Roubaix, elle fut louée en 1992 au traiteur Lecocq et rebaptisée "Espace Gobelins" à cette occasion, jusqu'à la faillite du traiteur en 2011. En 1996, l'orgue, qui souffrait des variations de température et d'humidité, fut démonté et entreposé (sur place ?).

En 2016, le devenir de l'église (propriété de l'état) est incertain. Inscrite à l'inventaire supplémentaire des MH, elle ne peut être démolie.

Historique

Selon le Journal de Roubaix, 23 juillet 1856 :

Nos lecteurs apprendront avec plaisir qu'on vient de commencer les travaux nécessaires à la pose des orgues de l'église Notre-Dame. On espère qu'ils seront terminés vers le mois de septembre.
L'acquisition de ces orgues, remarquables par la puissance et la pureté de leurs sons, a coûté 35000 Fr.
On connaît la réputation justement acquise de leur facteur, M. Ducroquet. Ses produits ont été appréciés à leur juste valeur lors de l'exposition universelle, où les orgues dont il s'agit ici attiraient chaque jour, un grand concours d'artistes admirateurs.
Roubaix possédera donc un véritable chef-d’œuvre en ce genre.
On nous assure qu'une inauguration solennelle aura lieu. Nous ferons part à nos lecteurs de la décision qui sera prise à ce sujet.

Ducroquet avait en effet reçu une grande médaille d'or à l'exposition universelle de 1855.

L'inauguration eut lieu le 23 septembre 1856, sous les doigts d'Édouard Batiste, organiste à St Eustache (Paris) où se trouvait une autre réalisation de Ducroquet, dont on admire encore aujourd'hui le buffet réalisé par Baltard. Voici le compte-rendu établi par le journal de Roubaix (édition du 24/9) :

Le concert religieux qui avait pour but l'inauguration de l'orgue magnifique de la paroisse Notre-Dame, avait réuni ce matin un public nombreux. Plusieurs artistes étrangers s'étaient rendus à l'invitation qui leur avait été adressée. Le jury appréciateur était composé de MM. Ducroquet, auteur des grandes orgues de Saint- Eustache ; Merklin, facteur d'orgues a Paris et à Bruxelles; Barker, inventeur du levier pneumatique qui porte son nom, et directeur des travaux de la maison Merklin ; M. le chanoine Rénier, maître de chapelle à la cathédrale de Tournai ; M. Bhir [sic], organiste de Londres, et Corti, l'habile harmoniste. MM. les membres du clergé de la ville, MM.les ecclésiastiques des communes environnantes et quelques personnes   de distinction ont assisté à cette audition remarquable. M. Batiste, professeur d'harmonie au Conservatoire et organiste de Saint-Eustache , à Paris, a rempli, à lui seul, un programme composé do six morceaux. Il a fait parler l'admirable instrument avec un talent tout-à-fait hors ligne. L'Offertoire (en ut mineur) avec récit de haut- bois et de clarinette, a été, comme introduction, d'un grand effet. Un morceau pour flûte (en si bémol) avec récit de basson (en ut mineur) a fait apprécier les ressources infinies du jeu de ce brillant organiste. Dans le prélude et la fugue de Bach (en ut mineur), il a fait entendre tour à tour les différentes nuances de sonorité et de puissance du plein jeu. Le récit de voix humaine (en sol majeur) a produit une illusion et un étonnement complets. On a aussi écouté avec le plus grand intérêt le grand offertoire, avec récit de cor anglais et de flûte harmonique (en ré mineur). Les notes mélodieuses produisent par leur pureté de son un charme extrême et permettent de saisir toutes les nuances. Dans les deux derniers morceaux : l'orage (ut mineur) et la grande sortie, M. Batiste a su faire valoir les qualités diverses de l'orgue. Les ressources infinies du jeu, l'organiste a aussi donné la preuve de l'habileté avec laquelle il se sert du «clavier de pédale». Enfin , disons-le, pour être vrai, cet artiste supérieur a conquis tous les suffrages, et sans le respect dû au saint lieu une légitime ovation lui eût été faite à la sortie de l'église. La société chorale de Notre-Dame a prêté son concours à la solennité. Parmi les cinq morceaux de chant qui ont été exécutés avec beau- coup d'ensemble, le Salve Regina de Mazingue, avec solo par M. J. Calteau, mérite les plus grands éloges. Nous avons fait aujourd'hui la part des artistes , nous nous proposons de dire dans notre prochain numéro quelques mots sur les orgues remarquables dont notre cité a droit de s'enorgueillir. Une seconde audition aura lieu demain mercredi , à neuf heures et demie. On nous assure que plusieurs des artistes étrangers doivent se faire entendre.

L'édition du 27 septembre 1856 fournit quelques corrections et précisions techniques :

Dans le compte-rendu de l’inauguration du grand orgue de l'église Notre-Dame, MM. Ducroquet, Barker et Merklin ont été cités par erreur comme faisant partie du jury appréciateur. Ce jury était composé de MM. les doyens, MM. Baptiste, de Paris, Renier, chanoine de la cathédrale de Tournai, et Planque, chanoine grand-chantre de la cathédrale d'Arras. On a regretté l'absence de M. Merklin qui succède à M. Ducroquet ; il n'a pu être témoin du succès des derniers travaux de son prédécesseur, étant retenu à Bruxelles pour l'audition des grandes orgues de Murcie, cérémonie que S. M. le roi des Belges a bien voulu honorer de sa présence. Pendant la messe solennelle chantée mercredi, M. Batiste a bien voulu faire entendre encore la grande fugue de Bach; à l' Offertoire . une improvisation avec solo de hautbois, et à la sortie une seconde improvisation du plus grand effet. Les connaisseurs ont dû remarquer l'effet du grand-chœur, rendu avec autant d'expression que les jeux du récit, ce qui n'existe que dans le seul orgue de Notre-Dame. La sonorité de l'édifice a rendu ces effets réellement majestueux et imposants. Pour obtenir de semblables résultats, il a fallu que le facteur, M. Ducroquet, qui est aussi l'auteur du grand orgue de Saint-Eustache , introduisit des changements notables dans le mécanisme nui est vraiment supérieur à tout ce qui a été produit jusqu'à ce jour. Nous croyons utile de donner à nos lecteurs quelques détails relatifs au mécanisme de cet orgue qui a valu à son- auteur la grande médaille d'or et la croix de la Légion d'Honneur. L'instrument contient 28 registres sur 3 claviers à main , chacun d'une étendue de cinq octaves d'ut à ut, et un clavier de pédales, de 27 notes, d'ut à ré. Parmi les jeux, celui du kéraulophone doit être cité comme d'introduction nouvelle, et ceux de la flûte à pavillon et de la clarinette, comme d'invention récente. L'orgue, en raison du choix des jeux et de la répartition de ces jeux sur les différents claviers, présente des effets multipliés, de nombreux avantages tant sous le rapport de la puissance que sous celui de la variété. Parmi les innovations, les connaisseurs remarqueront plus particulièrement celles qui a pour objet de rendre expressifs les jeux d'anches du grand orgue. Ces différents perfectionnements joints à l'emploi tout récent du levier pneumatique qui a valu à son inventeur, M. Barker, une médaille d'argent et la croix de la Légion-d'Honneur, constituent les qualités dominantes des orgues françaises. On le voit, tous les soins imaginables ont été apportés par M. Ducroquet dans la confection de ce remarquable instrument. Ces soins sont de nature à ne laisser aucun doute sur sa parfaite conservation et sa durée et en rendront l'entretien très-facile. Grâce au bienveillant concours du Conseil municipal et surtout au louable empressement avec lequel les paroissiens de Notre-Dame ont répondu à l'appel de M. le doyen Herrengt, Roubaix possède un véritable chef-d'œuvre".

En 1869, l'orgue serait en mauvais état, selon le Journal de Roubaix [JdR 8/12/1869]. Le même journal fait état, en 1876, de réparations et d'augmentations : "L'orgue auquel on vient de faire de sérieuses réparations, et sur lequel on a établi d'autres jeux, s'y fera entendre pour la première fois dans toute la plénitude de ses nouveaux et magnifiques effets" [JdR 29/11/1876]. En effet, une restauration fut effectuée par Aristide Cavaillé-Coll ; l'inauguration eut lieu le mercredi 29 novembre 1876, ainsi que le relate le Journal de Roubaix du 6 décembre :

"[...] Nous nous bornerons à constater que l'instrument de Notre-Dame a subi une transformation complète, soit "dans l'harmonie" et la coordination des jeux, soit dans les améliorations qui ont été introduites dans la partie mécanique : plusieurs jeux nouveaux, les perfectionnements opérés dans les jeux existants, ont apporté dans l'ensemble une puissance et une sonorité plus éclatantes, et dans les combinaisons de détail du charme plus varié et plus élégant.

Deux artistes bien connus, K. Koszul, le titulaire de Notre-Dame et M. Delarroqua, l'organiste du Sacré-Cœur de Lille, ont rivalisé d'habileté [...]".

Les tuyaux de façade sont pillés en 1917. Le journal l'égalité de Roubaix-Tourcoing du 16 février 1929 rapporte que :

Monsieur le curé-doyen ayant adressé une réclamation basée sur la nécessité de réparer les orgues, dont la dépense s'élève à 19 500 fr., l'Administration a décidé de faire droit à cette réclamation, un disponible de dommages de guerre pour les églises, restant, et s'élevant à 19 538 fr. 28.

M. Coupleux Léon, 24, rue Esquermoise, à Lille a fourni la façade de l'orgue, comprenant 33 tuyaux harmonisés en zinc, pose et réglage [compris].

Composition

Telle que relevée en 1942 par Anneesens :

Grand Orgue de N.D. de Roubaix - composition 1942
Grand Orgue Positif Récit Pédale
Montre 16 Kéraulophone 8  Gambe 8 Flûte 16
Bourdon 16 Bourdon 8 Voix céleste 8 Contrebasse 16 
Principal 8 Dulciana 8 Flûte harmonique 8 Soubasse 16
Flûte à pavillon 8 Clarinette 8 Flûte harmonique 4 Violoncelle 8
Flûte harmonique 8    Cor anglais 16 Gambe 4
Flûte traversière 8   Trompette harmonique 8  Ophicléide 16
Prestant 4   Basson Hautbois 8  
Doublette 2   Voix humaine 8  
Plein Jeu IV      
Bombarde 16   Tremolo  
Trompette 8      
Clairon 4      

Manuels de 61 notes (?), pédalier en éventail de 27 notes.

Organistes

1847 - 1876 Julien Catteau

1876 - 1912 Julien Koszul (organiste de chœur depuis 1864 ?)

1912 - 1945 Henri Peers (mentionné en 1927 comme "maître de chapelle" ; dans les années 30, c'est Pierre Peers qui apparaît le plus souvent comme exécutant à l'orgue)

1945 - années 60 Pierre Peers (+ 1989) ; déjà mentionné en 1921 comme "organiste de la paroisse"

années 60 - 1983 Cécile Carrière (née Peers)

Sources

Outre divers n° du Journal de Roubaix (référencés ci-dessus) :

"Notre-Dame, domaine des Peers", par Evelyne Gronier-Renault, dans Gens & Pierres de Roubaix n°17, Sept 2014 - Fév 2015