Source

Fonds Jean Cau, cote 123J5, archives départementales du Nord. La source est un rapport d'expertise de Jean Lapresté, "facteur d'orgues honoraire" et expert réalisateur agréé par le M.R.U. (Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme), spécialité H13 (orgues), daté du 13 Décembre 1951. Ce rapport est reproduit ci-dessous, à peu près intégralement.

Texte

L'orgue avant le sinistre

L'église des Sts Pierre et Paul de Lille possédait avant la guerre un grand-orgue de tribune justement réputé en raison de sa haute valeur artistique. C'était un instrument important, l'un ou peut-être le plus important de la Ville.

Construit en 1858 par les Ets Merklin de Paris, il comptait 34 jeux répartis sur 3 claviers manuels et une clavier de pédales formant un ensemble sonore de 1824 tuyaux.

La nomenclature des jeux était la suivante :

Grand-Orgue 54 n. Positif 54 n. Récit expr. 42 n. Pédale 30 n.
 Bourdon 16  Bourdon 8  Gambe 8  Contrebasse 16    
 Bourdon 8  Gambe 8  Voix céleste 8  Flûte 8
 Montre 8  Flûte 8  Flûte harmonique 8  Flûte 4
 Flûte 8  Prestant 4  Flûte 4  Bombarde 16
 Salicional 8  Flûte octav. 4  Cor anglais 16  Trompette 8
 Prestant 4  Nasard 2 2/3  Basson-Hautbois 8  Clairon 4
 Doublette 2  Picolo  Voix humaine 8  
 Fourniture V  Euphone 8    
 Cornet V  Trompette 8    
 Bombarde 16      
 Trompette 8      
 Clairon 4      

Le système de transmission était mécanique avec une machine pneumatique Barker.

Les sommiers étaient à gravures avec registres coulissants et doubles layes.

L'alimentation en vent se composait d'un grand réservoir d'alimentation auquel le vent était fourni par un aéro-moteur électrique et, en cas de panne de courant, on pouvait utiliser une pompe à pieds. Il existait en outre  des réservoirs régulateurs pour la distribution du vent à chacun des claviers.

L'harmonisation des jeux avait été poussée à un haut degré de perfectionnement.

D'ailleurs la marque Merklin était une garantie d'un instrument bien établi et justement raisonné.

La paroisse entretenait régulièrement cet orgue qui était au moment du sinistre qui l'a éprouvé, en excellent état.

Un très grand ensemble décoratif formait le buffet de cet orgue.

La menuiserie avait été exécutée par le sculpteur lillois bien connu : Buisine.

Elle était en chêne massif comprenant 4 plate-faces et 4 tourelles rehaussées de pare-closes et de couronnements sculptés avec des anges musiciens.

Les plate-faces et les tourelles renfermaient 62 tuyaux en bel étain bruni, les plus petits mesurant 1m85 et les plus grands 5m20. Le poids de ces tuyaux était de 440 kg.

Cet ensemble décoratif, qui avait été exécuté en 1864, avait été modifié en 1880.

Le sinistre - l'orgue après le sinistre

Le 26 mai 1940, Lille fut l'objet d'une attaque aérienne allemande.

Plusieurs bombes tombèrent et atteignirent l'église, l'endommageant gravement.

L'une de ces bombes tomba sur l'orgue qui fut littéralement pulvérisé, et il n'est rien resté de ce magnifique instrument. Au moment du déblaiement, on ne retrouva que quelques morceaux de bois informes.

Estimation de la valeur de l'orgue

1°) Valeur 1939

La valeur du jeu étant de 10500 F [...]

2°) Valeur 1951 (1° semestre)

[...] j'utiliserai le coefficient du 1° semestre qui est 21. [...]